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dimanche 17 août 2008
Les mauvaises fréquentations - Blog LeMonde.fr
Les mauvaises fréquentations - Blog LeMonde.fr
D’un autre côté, une liberté destructrice et irresponsable s’est vue accorder un espace sans limite. Il s’avère que la société n’a plus que des défenses infimes à opposer à l’abîme de la décadence humaine, par exemple en ce qui concerne le mauvais usage de la liberté en matière de violence morale faites aux enfants, par des films tout pleins de pornographie, de crime, d’horreur. On considère que tout cela fait partie de la liberté, et peut être contrebalancé, en théorie, par le droit qu’ont ces mêmes enfants de ne pas regarder et de refuser ces spectacles. L’organisation légaliste de la vie a prouvé ainsi son incapacité à se défendre contre la corrosion du mal. […] L’évolution s’est faite progressivement, mais il semble qu’elle ait eu pour point de départ la bienveillante conception humaniste selon laquelle l’homme, maître du monde, ne porte en lui aucun germe de mal, et tout ce que notre existence offre de vicié est simplement le fruit de systèmes sociaux erronés qu’il importe d’amender. Et pourtant, il est bien étrange de voir que le crime n’a pas disparu à l’Ouest, alors même que les meilleures conditions de vie sociale semblent avoir été atteintes. Le crime est même bien plus présent que dans la société soviétique, misérable et sans loi. »
Un esprit occidental empreint de laïcité suivra difficilement l’auteur dans sa condamnation sans réserve de l’humanisme, et sa vision de la spiritualité limitée à la seule religion, comme s’il ne pouvait en exister d’autres formes. De même, un esprit rationnel se demandera si la moindre criminalité, dans la société soviétique, n’aurait pas été simplement expliquée par la surveillance des faits et gestes de chacun par une police omniprésente, relayée par des délateurs plus ou moins bénévoles… Etrange mutation de l’opprimé en censeur. Dans un second extrait, Soljenitsyne s’en prenait aussi à la liberté de la presse :
Le choc ressenti par les Occidentaux fut à la mesure de l’image qu’ils s’étaient créés de l’écrivain. La guerre froide avait favorisé un système binaire de références : le choix devait être fait entre la dictature communiste ou le système libéral. Or, la pensée de Soljenitsyne se situait ailleurs. Il ne raisonnait pas en tant qu’Occidental, mais en tant que Russe. En d’autres termes, il ne concevait l’opposition au communisme stalinien que dans la mesure où celui-ci symbolisait la destruction du spiritualisme russe, un constituant capital de la notion de Russie éternelle. Et s’il contestait avec tant de virulence le libéralisme occidental, c’était sans aucun doute parce qu’il pressentait en lui une autre forme de menace contre ce spiritualisme. S’il prophétisait avec des accents illuminés proches d’un pré-millénariste, c’était à partir de sa vision du destin russe. Un tel éclairage permet une toute autre grille de lecture de son œuvre, sans en diminuer le moins du monde la qualité.
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